Little Bird
(book in French)


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Book Presentation:
Gants de vaisselle remontés jusqu’aux coudes, Jojo, garçon d’une dizaine d’années, s’apprête à s’attaquer à l’évier débordant d’assiettes sales lorsque son père le met au défi : ils se lancent dans une course effrénée. L’un emprunte sa voiture pour se rendre au travail, l’autre coupe à travers champ pour arriver le premier au point d’arrivée. La première séquence de Little Bird (Kauwboy pour le titre original qui fait un jeu de mot sur le terme Kau qui en néerlandais signifie « choucas ») nous fait entrer en trombe dans le quotidien des deux hommes, dont on a entendu les voix dans le prégénérique énigmatique, par une action aussi rapide que saccadée. Le contraste entre la complicité dans la course et le costume de ménagère qu’endosse le garçon désigne la position mal définie de Jojo au sein de la famille et témoigne d’une relation aussi complexe que paradoxale entre lui et son père.
L’évocation d’une répartition ultra conventionnelle des rôles familiaux – l’un part travailler, l’autre reste à la maison pour y accomplir les tâches ménagères – dénonce déjà le déséquilibre de cette famille où c’est l’enfant qui prend le rôle de mère au foyer, désignant ainsi le personnage manquant dont le film ne va cesser de nous dessiner le portrait en absence.
Rentrant chez lui à travers champ après avoir fait la course avec son père, Jojo découvre un bébé choucas tombé du nid qu’il va recueillir, contre l’avis de son père. La présence de l’oiseau va lui attirer l’intérêt de la belle Yenthe, nouvelle venue dans son équipe de water-polo tout en redistribuant les rapports de force au sein de ce drôle de couple que forme le garçon avec son père.
Le récit qui se déroule sur la période ramassée des vacances scolaires et dans le direct voisinage de la maison du garçon, emboîte deux types de temporalités : le temps réel, linéaire et objectif qui sépare Jojo du jour de l’anniversaire de sa mère et qui voit le bébé oiseau devenir adulte ; le temps libre laissé à l’enfant par les vacances et sa perception subjective à travers les jeux et la découverte de l’amour. La collusion dans le montage, entre ces deux manifestations du temps, renvoie à une troisième dimension, bien plus difficile à appréhender : l’éternité.
II. Une aussi longue absence
Comment filmer l’absence ? Voilà bien la question que pose Little Bird. Comment rendre perceptible le vide laissé par le départ de la mère de Jojo, comment faire ressentir la place omniprésente qu’elle occupe dans l’esprit du garçon alors qu’elle n’est précisément pas là ? Comment rendre par l’image le fait qu’à travers les relations qu’il entretient avec son père, avec Yenthe et avec le choucas, c’est son rapport avec sa mère que rejoue Jojo ? Comment faire comprendre enfin, le déni de cette absence ?
Alors que Yenthe, invitée pour la première fois chez Jojo, observe le père endormi tout habillé sur le canapé en plein après midi, elle demande : « Où est ta mère ? ». La première réponse du garçon, instinctive, est de lui intimer de se taire. « Chut », dit-il, avant de poursuivre à voix basse : « Elle est en tournée en Amérique, je ne sais pas quand elle reviendra, elle me manque. » Il ajoute enfin qu’il confectionnera prochainement un gâteau pour son anniversaire. Alors que le film reste vague sur la nature et les motifs de cet éloignement, la seule raison qui en est explicitée est précisément ce que cette absence ne peut pas être, ce que nous comprenons ou pressentons qu’elle n’est pas. En entendant Jojo faire cette affirmation, le spectateur sait que cette version n’est pas la bonne, ne serait-ce que parce qu’elle ne peut pas être énoncée à voix haute devant le père, même somnolent.
Ce est qui évident d’emblée pour le spectateur, c’est que la distance entre Jojo et sa mère ne sera pas comblée, et que la cellule familiale incomplète telle qu’elle nous est présentée dans la première séquence est devenue une réalité pérenne. « Elle ne sera pas là » ou « Tu sais que ce n’est pas possible », répond le père lorsque Jojo évoque son désir de fêter l’anniversaire sans plus de détails. Le spectateur accumule les indices et les preuves dans le but de reconstituer les faits et avance comme un enquêteur chargé de résoudre ce mystère sur lequel planent beaucoup de non dits et de mensonges.
C’est essentiellement à travers les explications données par Jojo à l’oiseau, que nous apprenons progressivement des éléments sur la mère, qui, pour la plupart, relèvent du passé : les affiches qui montrent son visage et son nom, Judy Van Gelder, et font comprendre son appartenance à un groupe de musique country, les tournées internationales en famille, la chanson écrite pour son fils. Son récit insiste sur le bonheur passé de la vie à trois et sur le futur proche de l’anniversaire de sa mère qui les verra à nouveau réunis, mais occulte tout à fait le passé proche et le présent.
On apprend notamment à travers la visite guidée qu’il donne de la maison pour son nouvel hôte que, dans telle chambre, « c’est là que maman dormait et que papa dort encore », ce qui insiste sur le fait que cette absence scelle la fin du couple parental. Le récit conçu par bribes laisse au spectateur le soin de combler les trous à partir des éléments livrés par Jojo, et des traces de sa présence passée (photo ou enregistrements) et de construire comme un puzzle le portrait de ce personnage central du récit, quoiqu’absent de corps.
Sur la disparition de la mère, le garçon ne nous apprend rien, et le caractère incomplet de son discours nous aiguille même sur une fausse piste concernant les circonstances de son départ. À la façon dont les trous de son récit suggèrent que ce n’est pas lui qu’elle a quitté, mais simplement son père, on peut imaginer qu’elle a quitté le foyer pour fuir un mari violent.
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See Little Bird (1997) on IMDB ...
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