Pierre et le loup
de Marie Omont


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Description de l'ouvrage :
Pierre et le loup retrace un parcours initiatique : c’est un conte. Sans renoncer à son univers sombre et mélancolique, Suzie Templeton signe ici une œuvre plus lumineuse. Si ce film est plus optimiste, c’est que le jeune Pierre parvient à prendre sa place dans le monde des adultes. En partant d’un univers réaliste aliénant, la réalisatrice montre comment l’enfant trouve des alliés dans sa révolte contre l’enfermement et la peur. La réécriture du conte ira même jusqu’à offrir à Pierre la force de proposer une nouvelle éthique de vie.
Isolement et repli
Pour son adaptation du conte de Prokofiev, Suzie Templeton a choisi un réalisme sans concession : le monde dans lequel évolue Pierre ressemble peu à la plaine enneigée de la version de Disney ou pré fleuri de Marcel Tillard. La Russie contemporaine de Templeton est hostile, le quotidien de Pierre brutal. Le début du film nous ancre d’emblée dans un monde froid, venteux et clos. Il faut attendre cinq minutes et quarante six secondes pour entendre la musique de Prokofiev. Avant cela, la bande son crée une ambiance sombre, faite de bruits, de craquements, de hurlements et de souffle retenu. Le choix de la tempête de neige ne vient pas d’un souci de poser un décor pittoresque. Il ne s’agit pas de faire slave mais de créer un monde extérieur menaçant, qui griffe et gifle les personnages autant que leur abri précaire, fait de planches et de clous. La maison de Pierre est fermée sur l’extérieur, d’où ne peut venir que le mal. Dans le plan d’ensemble qui la présente, elle est comme coincée, en marge d’un monde qui la rejette ou du moins l’ignore. Ce n’est pas sordide, mais c’est profondément triste. La mise à l’écart des deux personnages est peut-être due à la pauvreté, mais ce qui frappe surtout, c’est l’attitude du grand-père. Son rôle est de scruter l’horizon, de s’en méfier et de fermer les portes. Il ne cesse de reclouer les planches pour obstruer toute ouverture possible. Sortir de la maison ne se fait que par nécessité : pour aller chercher de quoi manger puis pour marchander la vente du loup. Ainsi, le grand-père ne sait-il pas comment faire habiter le monde à son petit-fils. Par deux fois dans le film, il apparaît comme celui qui bouche l’horizon, qui bloque le mouvement d’émancipation du jeune garçon. Lorsque Pierre contemple l’espace sauvage par la brèche qu’il a faite dans la palissade (1’20), on le sent inquiet : il regarde derrière lui, guettant le grand-père qu’il semble plus craindre que les hurlements des loups. Le plan subjectif sur le paysage, par l’éclairage et le léger zoom avant, nous fait éprouver sa fascination pour cet espace. Mais le contrechamp revient très vite avec une entrée de champ brutale (rendue notamment par le bruitage) de la noueuse main du grand-père (1’30). Poignante est l’angoisse que l’on perçoit dans l’œil de la marionnette ! Le plan suivant, en demi ensemble, permet, malgré l’absence de paroles, de comprendre que le grand-père lui impose d’aller au marché. Le choix du muet prend alors toute son intensité. Le grand-père en devient taiseux, mutique et donc brutal puisque seuls les gestes d’empoignade, de bousculade, lui permettent de signifier ce qu’il veut de Pierre. Mais Templeton ne caricature pas puisqu’elle a le souci de faire un plan sur le grand-père désemparé par ce mode de vie qu’il impose à l’enfant. Qui, lui, se tait par soumission. Pierre voit bien que son grand-père ne sait pas agir autrement, que ce n’est pas par méchanceté mais par peur qu’il lui interdit de sortir vers l’Ailleurs. Lorsqu’il glissera sur la glace, c’est encore un raccord regard qui placera le grand-père comme un obstacle devant le ciel. La beauté et la force du raccord vient de la symétrie des deux plans : les deux personnages sont quasiment présentés sur un même fond. Et cela emprisonne d’autant plus Pierre. C’est toujours le hors-champ proche qui représente une menace pour le jeune garçon. L’absence de tout commentaire, le refus d’un narrateur rassurant et complice (comme chez Disney ou dans les versions sonores) place le spectateur dans une attente inquiète. La réalisatrice utilise habilement la connaissance que l’on a du fameux conte pour le régénérer.
Voir la fiche de Pierre et le loup (2006) sur le site IMDB ...
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