Zéro de conduite
(book in French)


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Book Presentation:
Film de rage. Transport de Zéro de conduite. Six ans plus tard, ce même emportement gagnera La Règle du jeu de Renoir – l’autre franc-tireur du cinéma français. Zéro de conduite appelle à la révolte. Quatre « rebelles sans cause » se lancent à l’assaut du ciel. Au-delà du faîte du toit de leur collège, vers quels vertiges chavirent-ils quand ils lèvent leurs bras ? Plus vite qu’ils ne le pensent, quand ils auront vingt ans, ils croiseront leurs aînés satisfaits de leurs combinaisons putrides ; règles de tous leurs jeux. Deviendront-ils comme eux ? Ils auront l’âge idéal pour répondre à d’autres appels. La ligne Maginot… un autre imaginaire. Il n’est qu’une mesure pour estimer le troisième film de Jean Vigo : sa démesure et rugir avec les insurgés. Ou alors, confondons-nous en contorsions dans la courée des « bourgeois sphériques », rejoignons la guignol’s banddes « personnages considérables » pour parler comme Ubu. « À la trappe ! À la trappe !» Il est des films qui tranchent comme une lame. À nous de choisir.
Ce « point de vue » en cinq lettres, merdre alors !
Six lettres et 14 834 signes.
Commençons par le commencement, sans souci de logique, et regardons cet incipit sulfureux : soubassement volcanique. Ce collégien assis dans un compartiment de train, en uniforme, en casquette et capote à boutons dorés, serrant de ses doigts un paquetage, ne nous rappelle rien ? Vigo revenant un soir de cafard dans son bahut de Chartres pour de longues semaines. Oui, oui, bien sûr, mais cette image-écran de Caussat et Bruel – partie pour le tout – remémore ces milliers et ces milliers d’ouvriers, paysans, ramoneurs, maîtres d’école, chausseurs sachant chausser, poètes assassinés munis de leurs papiers (« J’ai reçu deux éclats d’obus/Et la médaille militaire »), ou déjà surréel (« Je serai ennuyé de mourir si jeuneneu, Ah ! puis MERDE. »), Boudu en personne suspendu à la chanson qu’il dégoisa montant au front (« Sur les bords de la Rivieraaa… »), étudiants en médecine qui reviendront complètement dadas : tous prirent le train, déracinés d’eux-mêmes, dépossédés de leur existence pour abreuver de leur saignée les sillons de Champagne ou d’Argonne. On s’éloigne du sujet ? Nous y sommes en plein, selon Vigo. Avant la caserne, il y eut l’école. Or l’école de Jules Ferry ne fut pas toujours en crise. Établie sur le traumatisme de la Commune – plus jamais ça ! – elle forma le poilu de 14. Tous prirent leur élan. Comme un seul homme. Tout de même. Pète-Sec accueillant sa troupe à la gare, en quoi diffère-t-il d’un serre-patte venu chercher les bleubites sur un même quai ? Et Bec-de-Gaz, supervisant les recrues alignées devant leur lit dans la chambrée ? Et le Principal, passant en revue son contingent avant sa parade en ville ? Rassemblement ! Corps au garde-à-vous dominés par ce haut mur en pierres bouchant toute perspective. Vigo ne filme plus une cour de récréation mais une cour de caserne lors d’une prise d’armes avec sa chair à canon bien sanglée, en tenue réglementaire. Pète-Sec y veille. La malice de Vigo infléchit leur charge. « Sus à la femme ! », en ville. La classe en folie suit Huguet qui court après une femme. Moment d’anthologie. Vigo filme toujours l’idée de l’imaginaire. Caussat et Bruel, Bruel et Caussat coupés de leur glèbe – d’où viennent-ils ? –, mis dans le train de la mission à fossiliser leur être où ne pas être. Immobiles, ils déraillent soulevés par leurs attractions-impulsions, s’enfument de leur griserie. Repris sur le quai givrant d’une gare (à leur âme). Transfert-dortoir – ellipse. Je ne veux voir qu’un lit ! Et pas de linceul en portefeuille ! Chaque chose en son temps. Quoi de plus empressé pour deux enfants qui se retrouvent à la fin de l’été que d’échanger leurs émois des grandes vacances ? Ils furent la matière des rédactions de nos (lointaines) rentrées. Racontez ! Quoi de plus spontané que de brandir sa nouvelle trousse outillée, faut voir !, de comparer, de relever fièrement ses pieds avec au bout ses nouvelles chaussures, de gonfler son T-shirt orné d’une grosse araignée argentée ? T’as vu ? Caussat et Bruel sont des collégiens ordinaires. À qui n’échappe pas cette excitation érogène. Cette rédaction-là, jamais ils ne pourront l’écrire. C’est la seule qui vaille à leurs yeux. La seule qu’ils voudraient détailler. Ils ont mûri, ils ne sont plus les mêmes à la veille de cette rentrée, ils se le disent en une surenchère de (presque) surmâles – débitrice d’une séquence du cinéma muet dont Zéro de conduite va s’étirer. Et pour de longues années ne pas s’en remettre.
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