U
Grégoire Solotareff et Serge Elissalde
Sous la direction de Hervé Joubert-Laurencin


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Description de l'ouvrage :
ui est U ? D’où vient U ? Où va U ?
Voici les premières questions que le titre impeccable du film de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde oblige le spectateur à se poser. Il ne s’agit pourtant pas d’un film métaphysique. Il développe au contraire un réalisme psychologique de caractères que beaucoup de films français d’acteurs devraient lui envier. Encore moins d’une œuvre mystique. La licorne, comme tous les animaux un peu plus naturels qui l’entourent (individus décomplexés d’être ce qu’ils sont, bêtes sans bêtise, aussi idiotes, c’est-à-dire aussi particulières, singulières et réelles que les hommes), n’a rien d’un être fabuleux. Elle est même presque totalement retirée de toute mythologie, elle est rationnelle et douée d’un solide sens pratique et ne se laisse réduire à aucun symbolisme attesté. Elle l’explique du reste placidement en marchant : « Je ne suis pas une fée. Les fées changent le destin, moi je l’accompagne, c’est très différent. » Aussi libre qu’un toon (un personnage de cartoon classique, comme le Goofy de Disney ou le Droopy de Tex Avery), mais sans son inclination à l’absurde, elle reste cependant l’énigme du film, donc sa possible explication, en même temps que l’asssurance de son mystère vital. L’énigme du début : D’où venons-nous ? Qu’est-ce que naître ? L’énigme de la fin : Où allons-nous ? Comment vivons-nous avec la mort ? L’énigme du milieu : Qui sommes-nous ? Comment grandissons-nous ? Que se passe-t-il quand nous passons, peu importe l’âge au fond, de puer à puber, de l’enfant à l’adulte, phase dite de l’adolescence (le verbe latin adolescere signifie tout simplement : « grandir ») ? En somme, le film U, autrement dit le filmu bien connu de la fillu qui rencontre le garçu, ne nous laisse pas le choix : comme le capitaine Haddock dans un album d’Hergé, à la recherche de son aïeul mort depuis longtemps, et du trésor caché sous son nez dans son futur château de Moulinsart (quête du destin en même temps par le passé et par l’avenir), il nous faut rechercher le secret de la licorne.
Le secret de la licorne
La première constatation, à laquelle il ne faut surtout pas rester, est qu’à première vue, il n’y aurait aucun secret. D’où vient U ? Elle le dit elle-même : elle est apparue parce qu’une petite fille pleurait, et elle sera désormais son amie pour lui éviter la solitude. Quel secret chuchote-t-elle à l’oreille de Kulka, l’adolescent qui va devenir homme en épousant sa protégée? Le pathétique album en relief tiré du film nous en donne la primeur (je cite) : « Le jour où une jeune fille tombe amoureuse, la licorne qui la protège disparaît. Elle vole au secours d’une autre petite fille qui, à son tour, a besoin d’elle. » Où va U ? Elle rétrécit comme Robert Scott Carey dans un film hollywoodien, et, comme lui, rejoint le ciel et les étoiles, tout en étant sauvée in extremis par l’amour de son lézard pendant le générique de fin. Pourtant, si l’on chausse des lunettes d’approche pour saisir les détails concrets du film, tout change : pour les pleurs, le côté bonne fée est peut-être de trop (on peut douter que l’ami qui arrive quand vous pleurez est bien le meilleur de tous : en tout cas ça se discute), et leur matérialité, cri et larmes (le cri « Uuuuuu » et le liquide lacrymal), est sans doute plus importante que l’action de pleurer ; pour la fin, le décor a son importance : on est en plein générique, c’est-à-dire au milieu des lettres dans un film dont le titre est une majuscule ; quant au secret, c’est à la fois trop malin et pas malin de lui donner ainsi un contenu, car le problème d’U, c’est d’être le secret du secret (U est une forme du symbolique, pas un symbole…) Il vaudrait mieux rester cool, comme Kulka, le chat musicien, et fermer une oreille pour mieux entendre. Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ?
Le don des larmes
D’abord, U ne vient pas consoler les pleurs d’une petite fille sans défense, elle est littéralement engendrée par les larmes de Mona, elles-mêmes provoquées par une goutte de sang rouge, sur la table, et au bout de son doigt jaune. Des larmes et du sang: un peu de liquide humain. Elle disparaîtra avec la puberté de Mona (du sang aussi, chez les filles), et ses baisers profonds (du mélange de salive, comme le dit délicieusement la scène comique). U arrive avec la douleur (le doigt égratigné) et part avec le plaisir ; elle naît de la solitude enfantine et meurt du mariage adulte (de l’accouplement, de la vie à deux, du partage avec l’autre, de la famille fondée et non subie). Dans Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, la fiction commence à l’instant où l’héroïne observe, dégoûtée, une goutte de sang sur son doigt ganté de gris, petit élément pervers qui fait tache dans le tableau, anomalie qui trahit la présence de la mort : c’est ce même plan qui est repris tel quel au tout début d’U.
Voir le site internet de l'éditeur Les Enfants de cinéma
Voir la fiche de U (2006) sur le site IMDB ...
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