Les Aventuriers


Moyenne des votes : ![]()
| 0 | vote | |
| 0 | vote | |
| 0 | vote | |
| 0 | vote |
Votre vote : -
Description de l'ouvrage :
Les Aventuriers est une série de courts métrages :
Le Moine et le poisson (1994) de Michael Dudok de Wit (animation)
Rentrée des classes (1956) de Jacques Rozier
Le Hérisson dans le brouillard (1975) de Youri Norstein (animation)
La Première Nuit (1958) de Georges Franju
Le Jardin (2002) de Marie Paccou
Drôles de bobines (1957) de Maurice Pialat
Description de l'ouvrage :
Si l’enjeu d’un dispositif de sensibilisation artistique tel que École et cinéma est de rendre possible la rencontre avec des œuvres inventant une langue qui leur soit propre, s’il est aussi de proposer aux écoliers d’identifier et d’approcher cette singularité, non pas comme une langue qui nous est étrangère, mais comme une invitation à réinventer notre propre langage, notre propre regard, comment appréhender l’expérience particulière que représente la découverte d’un programme de courts métrages ?
Comment en effet dégager de la juxtaposition des propositions que chaque film construit et qui se trouvent réunies – de manière plus ou moins arbitraire – dans un seul et même programme de films, ce qui relèverait de cet horizon de l’éducation artistique qu’est « le point de vue de l’auteur » ? Qu’y aurait-il à apprendre de la coprésence de ces mondes et des résonances qui nécessairement apparaissent dans ces rapprochements ? Qu’y aurait-il à découvrir sur les chemins de traverse qui, circulant d’une œuvre à l’autre, nous font à chaque fois déborder leurs spécificités et nous entrainent à l’aventure, loin du monde clos qu’elles dessinent ?
Cette aventure, c’est celle que se propose de dégager ce texte qui s’attachera moins à parcourir chacun des films proposés qu’à explorer les chemins qui les relient secrètement et qui, en eux-mêmes, définissent un voyage singulier, celui des Aventuriers.
Au commencement
Si on ne sait pour l’instant pas où nous arriverons, du moins connaît-on notre point de départ. Quel est-il ici ?
Trois des films du programme s’ouvrent en pointant un lieu que l’on pourrait rapprocher, le lieu où se noue, dit-on, l’apprentissage des savoirs et du sens, le lieu de l’étude. Celui de l’école pour les jeunes élèves de La Première nuit et de Rentrée des classes, celui du monastère pour le moine du film de Michaël Dudok de Wit.
Dans Le Moine et le poisson, le lieu de l’étude est un lieu de vie. Une vie un peu particulière puisque, monastique, elle est une vie de peu, une vie de retrait du monde. Un monde extérieur particulièrement absent. Mise à part la présence de quelques oiseaux parcourant librement l’espace du ciel et celui du cadre, rien n’existe d’abord en effet que le monastère et l’aqueduc attenant, vides tous les deux. C’est un lieu totalement hors du temps et de l’espace, un lieu qui nous est d’abord présenté depuis l’intérieur de sa clôture, un lieu de refuge où l’on peut à l’ombre de ses larges murs – et bercé par une Folia dont la structure répétitive renvoie à cette idée de clôture – consulter les livres pour chercher à solutionner les questions auxquelles, malgré tout, le monde nous confronte.
Il en est un peu autrement dans le film de Jacques Rozier. À l’annonce de la toute proche rentrée des classes, l’élève Boglio s’empresse d’aller faire faire à un autre les devoirs de vacances qu’il ne juge pas bon de réaliser lui-même. L’école est d’emblée posée comme le lieu d’une contrainte qu’on cherche à esquiver. Mais au-delà de ce rapport particulier qu’entretient un élève avec l’institution scolaire, c’est aussi tout un rapport au savoir qui est, par son biais, désigné. À travers le portrait d’une classe et de son enseignant, Rentrée des classes semble en effet questionner ce qui véritablement s’apprend dans cette école de la dictée et des savoirs préétablis qu’il importe avant tout de savoir répéter. Le générique sur lequel s’ouvre le film, écrit sur le papier à carreau des cahiers d’écoliers, ne nous renvoie-t-il pas d’ailleurs à l’idée que la première des choses à savoir c’est de savoir suivre les lignes qui ont préalablement été tracées pour nous, pour l’écriture ou pour la discipline ?
Dans La Première nuit enfin, l’école est aussi le lieu où débute le film avec cette fois-ci l’arrivée joyeuse des élèves dans l’établissement au petit matin. Mais l’expérience que celle-ci représente est étrangement passée sous silence. Il est même curieux de noter que si l’école ne présente, dans la suite du film, aucun intérêt dramaturgique, Georges Franju prend le soin d’y ancrer le parcours de son jeune héros mais comme pour mieux le désigner comme espace vide. Ainsi, dans la collure entre deux plans, une journée d’apprentissage s’écoule entièrement sans qu’il n’en soit rien dit. Journée qu’il faudra ensuite mettre en regard de l’expérience à venir, celle que cristallisera cette première nuit de fugue.
Étranges caractérisations donc pour ce lieu censé être celui où l’individu se forme afin de se construire une place propre dans un monde qui ne l’attend pas pour tourner. Un lieu qui, s’il peut être de quiétude, est pourtant ici étrangement coupé du monde, si ce n’est complètement absent à celui-ci.
Coupée du monde, la jeune femme qui attend son petit poisson dans Le jardin l’est aussi à sa manière, tout comme le hérisson au début du film de Youri Norstein. Tous les jours la jeune femme attend. Tous les soirs, le petit hérisson quitte sa maison pour retrouver son ami l’ourson et compter avec lui les étoiles dans le ciel.
Comme dans les films auparavant cités, on retrouve ce point initial qu’est le retrait du monde mais sur un mode plus intime. Cette absence qui rend le hérisson étranger à la présence inquiétante du hibou qui le suit, ce retrait qui met la jeune femme du jardin un moment à l’écart, semble en effet ici venir de leur monologue intérieur et du programme qu’il ne s’agit que de suivre à l’aveugle : tous les soirs se mettre en chemin, apporter de la confiture de framboise, s’assoir sur un tronc d’arbre, toujours le même, et, sirotant un thé, compter les étoiles du ciel avec son ami. Au commencement donc, la vie, mais comme absente à elle-même.
> Du même auteur :
Chris Marker (2018)
Le cinéma et le monde
de Bartlomiej Woznica et Anastassia Elias
Sujet : Réalisateur > Chris Marker
> Sur un thème proche :
Regards libres (2006 ?)
5 courts métrages à l’épreuve du réel
de Jacques Kermabon, Olivier Payage et Amanda Robles
Sujet : Généralités
Tours, capitale du court métrage (2015)
Les journées internationales du court métrage, 1955-1971
Sujet : Festivals
(*) Les boutons « Acheter chez Amazon.fr », « Commander sur Fnac.com » & « Rakuten » sont des liens affiliés. Le gestionnaire de ce site reçoit une petite commission lorsque vous achetez un livre après avoir cliqué sur le bouton. Ces (petites) commissions sont les seuls revenus de ce site qui ne contient aucune publicité, aucune insertion (ou mise en avant) payante.