La Petite Vendeuse de Soleil
Djibril Mambety Diop
Sous la direction de Marie Diagne


Moyenne des votes : ![]()
| 0 | vote | |
| 0 | vote | |
| 0 | vote | |
| 0 | vote |
Votre vote : -
Description de l'ouvrage :
La Petite Vendeuse de Soleil s’ouvre sur une séquence d’arrestation violente et sans preuve d’une femme qui, pour prouver sa bonne foi, se dévêt dans une rue fréquentée de Dakar. Ce personnage ne réapparaîtra qu’à la dix-huitième minute dufilm (d’une durée totale de 43, soit plus des deux tiers écoulés). Pourtant, cette séquence marque le spectateur. Qu’a-t-on compris de cette arrestation ? On reste interloqué devant ces badauds réjouis, la fureur de cette femme à demi-nue derrière des barreaux. Mais là où d’ordinaire les séquences suivantes répondraient progressivement aux affects ainsi provoqués, le récit de Mambety impose la rupture. Le titre annonce un personnage distinct, La Petite vendeusede Soleil, et un récit autrement attrayant voire « gentillet ». On entre dans un autre parcours, celui d’une fillette handicapée qui se rend à Dakar pour mendier. L’invitation du cinéaste est claire : quand ces deux personnages vont-ils se rencontrer ? Quelle place cette première séquence occupe-t-elle dans le récit principal ? Plus l’histoire se déroule, moins on voit comment va enfin y entrer la femme arrêtée du début. Une tension est créée : on est déçu de ne pas suivre cette femme, plutôt que cette enfant dont on nous a déjà raconté l’histoire cent fois, semble-t-il. Nous suivons la petite Sili mais,en creux, telle une image rémanente, la séquence d’ouverture, violente et laissée sans suite, nous accompagne. Et si le projet cinématographique de Mambety était contenu dans cette tension initiale ?
Aux prises avec Dakar
Le jour se lève, une silhouette s’avance vers nous. Elle est vêtue de rose, telle une nouveau-née, une enfant qui de la vie a tout à expérimenter. « Sili La Rose », comme aimait l’appeler Mambety, quitte sa cité natale, une banlieue de baraques délabrées, pour rejoindre Dakar.
La nécessité de se rendre dans la ville – « pour chercher de quoi nourrir ma famille », explique la fillette – ne se résout pas dans un acte anodin. Atteindre Dakar ressemble bien plus à un voyage périlleux qu’à un simple déplacement quotidien. Une fois sortie de sa cité, une succession d’obstacles jalonne le trajet de Sili, et suggère une ville hostile, difficile à atteindre. La distance à parcourir se double du danger de la circulation : lorsqu’elle traverse la route pour la première fois, une voiture arrive à sa hauteur au même moment à vive allure ; on la voit déjà renversée. Le jeune garçon qui va l’emmener dans sa charrette l’avertit : « Ils ne me laisseront pas entrer avec mon cheval. » Dakar devient forteresse avec entrées contrôlées. Le sous-entendu est clair : une fois face à la ville, elle devra y entrer et s’y débrouiller seule. La zone frontalière des réfrigérateurs affiche le seuil d’une société de consommation et sa tentation, là où Sili vient mendier pour survivre. Son répondant sera la vitrine du pâtissier Laëtitia, à l’intérieur du quel Sili ne pénètre pas. Une contre-plongée sur un building écrase la petite, comme entrée dans la gueule de loup. L’image d’une arrestation incompréhensible flotte. Le heurt est évident, la solitude de Sili affichée, parallèlement à la femme du début. C’est ce dont nous informe, comme pour conclure son arrivée dans la ville, le plan d’ensemble qui isole Sili au cœur du marché, présentant une main pour l’aumône. La mise en place tendue de la fillette dans la ville tisse une toile autour de ses béquilles problématiques, et laisse en suspens une chute. Pourtant, les maux de Dakar semblent étonnamment étrangers à Sili : elle traverse la route l’allure décidée, en ignorant complètement la voiture qui passe si dangereusement près d’elle,alors même que le regard du casseur de pierre indique le danger au spectateur. De même, le jeune garçon l’emmène dans sa charrette sans qu’elle ait eu à en formuler la demande. Et quand, comme une surenchère, au marché, après l’agression du jeune Moussa, elle se dirige vers la bande des garçons pour dénoncer leur sauvagerie, on se dit que, cette fois, elle en fait trop. Le point culminant est atteint, la chute tant attendue se produit.
Voir la fiche de La Petite Vendeuse de Soleil (1999) sur le site IMDB ...
> Du même auteur :
> Sur un thème proche :
Djibril Diop Mambéty (2020)
ou le voyage de la hyène
Dir. Simona Cella, Cinzia Quadrati et Alessandra Speciale
Sujet : Réalisateur > Djibril Diop Mambety
Djibril Diop Mambéty (2003)
Un cinéaste à contre-courant
de Sada Niang
Sujet : Réalisateur > Djibril Diop Mambety
Djibril Diop Mambety (2001)
la caméra au bout... du nez
de Nar Sene
Sujet : Réalisateur > Djibril Diop Mambety
(*) Les boutons « Acheter chez Amazon.fr », « Commander sur Fnac.com » & « Rakuten » sont des liens affiliés. Le gestionnaire de ce site reçoit une petite commission lorsque vous achetez un livre après avoir cliqué sur le bouton. Ces (petites) commissions sont les seuls revenus de ce site qui ne contient aucune publicité, aucune insertion (ou mise en avant) payante.