La Planète sauvage
René Laloux
Sous la direction de Stéphane Goudet


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Description de l'ouvrage :
L’image de La Planète sauvage qui me touche le plus est celle de Terr, allongé sur le ventre, le visage tourné vers la caméra. Son regard pur, rêveur, son sourire énigmatique expriment une mélancolie propre à l’enfance. Dans le script de René Laloux, Terr a alors sept ans, chiffre que l’on donne symboliquement pour l’ « âge de raison », ce moment de l’enfance où le regard que l’on porte sur le monde est censé gagner une acuité nouvelle. Terr fixe la caméra comme s’il regardait derrière l’apparence des choses. Plus exactement, c’est la fixité de son expression, sur cette image arrêtée, qui perce progressivement l’invisible paroi qui le sépare de nous, spectateurs, et force notre pudeur. Troublante est aussi la posture du petit garçon dans son réalisme même : étendu sur le sol, la tête appuyée sur l’avant-bras gauche, l’épaule frôlant le menton, les doigts qui jouent distraitement les uns avec les autres… Tout est douceur dans ce portrait, calme et sérénité enfantine, tranquille abandon. Pourtant, si le sourire du personnage rayonne d’un bonheur simple, il en souligne déjà la fugacité, comme si l’instant se chargeait de sa propre nostalgie. Terr vient de jouer avec Tiwa. La scène s’offre comme une parenthèse heureuse dans l’existence du petit d’homme, après la mort tragique de sa mère et sa capture par les Draags. Pour la première fois, l’enfant sourit et visiblement s’amuse. Il n’est plus cet « animal savant », au regard triste, manipulé par une fillette au gré de ses caprices . En grandissant, Terr a lié une certaine complicité avec sa jeune maîtresse : dans le jeu, chacun se prête aux facéties de l’autre. Ainsi, Terr, poursuivi par un furieux orage, dans la chambre de Tiwa, est-il tombé à terre. Immobile, les paupières closes, il mime la mort, manifestant la victoire de sa maîtresse. Cette « mort feinte » n’est pas tant un acte de soumission qu’une ruse. En cachette de Tiwa, le garçonnet ouvre un œil, puis l’autre, pétillants d’espièglerie, et adresse son regard à la caméra, comme pour dire au spectateur: « Ce n’est qu’un jeu.» La prise à témoin se charge aussi d’une signification plus profonde. Tout, dans cette fuite sous l’orage, depuis la chute de l’enfant jusqu’à sa position finale sur le sol, rappelle les circonstances de la mort de sa mère, dans la séquence inaugurale du film. Terr semble rejouer littéralement la scène jusqu’à son issue fatidique. Alors, il ouvre les yeux. Que lire dans son regard à ce moment-là, sinon l’appel d’un orphelin ? Car Terr est orphelin. Et c’est l’un des éléments originaux du film parmi les plus significatifs. La disparition de la mère n’est pas dite dans le roman de Stefan Wul. Dans La Planète sauvage au contraire, elle ouvre non seulement le récit, mais elle accompagne la destinée du personnage. L’itinéraire de Terr est ains imarqué par trois rencontres successives : trois figures féminines auxquelles correspondent les trois âges de la vie. Tiwa, la fillette Draag, Mira, la jeune femme sauvage, et enfin la Vieille qui commande la bande du Buisson Creux. Tiwa est probablement la plus maternelle des trois. Elle joue avec Terr comme avec une poupée, lui prodiguant des soins attentionnés. Mère de substitution pour le petit orphelin, Tiwa vient à le délaisser quand elle grandit. Alors Terr s’évade. La première personne qu’il rencontre dans sa fuite est Mira, une jeune fille sauvage, un personnage qui n’existe pas non plus dans Oms en série. La rencontre a lieu à la lisière d’une forêt semblable à celle aperçue dans la première séquence. Cette circonstance, associée à la vague ressemblance physique de Mira avec la mère de Terr, pourrait suggérer que le personnage est instinctivement revenu sur les lieux de sa naissance. Tout au moins la fuite de Terr semble-t-elle inspirée par une recherche inconsciente de ses origines. L’alliance des deux personnages, signifiée dès les premières images où l’on voit Terr et Mira côte à côte, tirant en tandem le bracelet géant, annonce en substance leur union. Mais une union où l’amour n’apparaît qu’en second plan – tout juste les personnages échangeront-ils, à l’écran, un baiser tendre sur la joue. L’enjeu principal du film est ailleurs : dans « l’adoption » de Terr par le clan du Grand Arbre. Épreuves et rituels jalonnent le chemin initiatique du personnage qui entre alors dans l’âge adulte. Terr affronte en combat singulier l’un des acolytes du sorcier, il est ensuite revêtu de la tenue tribale parles « escargots-tisseurs » ; enfin, ayant pris part à la mise à mort du « vampire-tamanoir », le jeune homme est admis parmi les chasseurs à boire le sang de la bête. Mieux : il en est aspergé, de la tête aux pieds. Bientôt cependant, Terr enfreint la loi du clan et court avertir la bande rivale du Buisson creux de l’imminence du danger qui guette les humains. La Vieille qui commande le clan compose alors une troisième évocation maternelle. Sévère figure matriarcale dont l’autorité s’impose à tous, le personnage est animé d’une volonté sans faille et d’une clairvoyance manifeste. Après l’attaque des Draags, la Vieille rassemble les survivants des deux clans sous son aile et les guide vers un destin collectif : l’exode commence…
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