La Barbe à papa
Peter Bogdanovich


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Description de l'ouvrage :
L’Académie des oscars a commis un contresens en décernant l’oscar du second rôle féminin à Tatum O’Neal. Comment penser que, dans La Barbe à papa, le personnage d’Addie soit secondaire ? Non seulement elle est omniprésente, mais a minima elle peut être considérée comme la partenaire de Ryan O’Neal, comme Bonnie est celle de Clyde ou Katharine Hepburn celle de Cary Grant dans les comédies de Hawks… On retrouve là un des grands travers du cinéma qui « oublie » régulièrement les noms des petits acteurs ou ne leur donne pas la place qu’ils méritent.
Dans le cas du film de Peter Bogdanovich, l’erreur est révélatrice d’un éventuel déni : n’a-t-on pas souvent l’impression que, au grand dam du politiquement correct, c’est la petite fille qui y mène les opérations, de l’arnaque à l’organisation d’une fuite ? Peut-être même cette maîtrise est-elle troublante. On est loin des petites filles modèles qu’affectionne le cinéma et en particulier le cinéma hollywoodien classique, celles qui font de charmants « mots d’enfants », qui sont bien coiffées, pimpantes, hardies dans la limite de la décence, et surtout si féminines déjà, de vraies « petites bonnes femmes » comme le disait le titre original des Quatre Filles du docteur March, de Louisa May Alcott : Little Women. En 1868.
Addie est taciturne, coiffée et habillée sans grâce, presque à la garçonne et, pire encore, elle ne cède rien, jamais, comme le ferait une femme que la vie a endurcie et qui résiste. De sa voix éraillée, elle répond du tac au tac et pas avec la joliesse d’une charmante réplique délicieusement enfantine. En effet, quand Addie rétorque à Moze que, certes, elle ne sait pas ce que sont les scrupules mais que si lui en a, c’est qu’il les a volés, elle adopte la tranquille assurance de ceux qui ne se laissent pas faire, ce qui rappelle plutôt la piquante Katharine Hepburn de L’Impossible Monsieur Bébé que la « charmante » Shirley Temple.
En fait, le personnage d’Addie est corrosif : elle est à peu près dépourvue de naïveté, en tout cas de celle que l’on attribue aux enfants de son âge. Sauf quand elle joue à imiter ce qu’elle imagine avoir été les attitudes de sa mère (qui travaillait dans un bar), elle est d’une gravité étonnante. Mieux, ce qui surprend, voire dérange, est l’absence d’illusions qui la caractérise. À côté d’elle, son père présumé est tout de sucre candi, ce qui explique qu’il se laisse enjôler par Trixie et ne voie que du feu dans sa stratégie si féminine, là où Addie est parfaitement au clair avec ce qui se passe.
Cette lucidité dépourvue de la moindre illusion sur la façon dont va le monde et cette exigence de franchise qui en découle sont originales, non dans la vie, mais dans la représentation cinématographique.
Reprenons : Addie ne sourit pour ainsi dire pas pendant la première moitié du film. Elle ne pleure pas non plus : le film commence au bord de la tombe de sa mère. Le visage de l’enfant est parfaitement impassible. Les codes sont d’emblée mis à mal. On imagine les grosses larmes qui, en de pareilles circonstances fictionnelles auraient roulé sur les joues rebondies de Shirley Temple, « la petite fiancée » de l’Amérique. Ici, Tatum O’Neal est plus proche d’un autre personnage d’enfant impavide, pas grognon, non, sans expression : le petit Max Baissette de Malglaive dans le film Versailles, de Pierre Schoeller. Le stéréotype est fracassé : les enfants peuvent-ils être tellement malheureux qu’ils ne sourient même pas à travers leurs larmes ? Ou faut-il dire qu’ils n’essaient même pas de séduire les adultes tant ils ont perdu confiance en eux ?
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