Mon voisin Totoro
Hayao Miyazaki (book in French)
Edited by Hervé Joubert-Laurencin


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Book Presentation:
Mon Voisin Totoro est, à première vue, un film de bon voisinage. Gentil, familial, écologique, chantant la maison aux panneaux de bois et au bain japonais traditionnel entretenu par un four à bois et l’eau de la pompe, un livre d’images aux musiques entraînantes et aux couleurs chatoyantes. Dès les premières secondes du générique, même les lettres du titre sont au garde-à-vous, et la petite héroïne défile au pas de l’oie sur un air de cornemuse. On dirait un film scout. Toujours prêt à faire le bien. On pourrait donc s’attendre à une vision conformiste de la famille et de la société. Mais ce n’est qu’une impression fausse. Produit et distribué en même temps que Le Tombeau des lucioles d’Isao Takahata, dont il est véritablement le film-frère à bien des égards, et dont il partage l’ancrage historique, Mon voisin Totoro est, semble-t-il, l’image inversée de cette œuvre mélodramatique et traumatisante : la mère des deux fillettes de Miyazaki n’est que malade, et non brûlée vive par une bombe incendiaire puis incinérée sur un bûcher collectif sous les yeux de son fils ; la guerre est finie dès le début du film ; les deux orphelines de mère ne le sont que provisoirement et métaphoriquement, et leur père n’est pas mort à la guerre ; paysage et maison sont grands ouverts sur le bonheur et non refermés sur le deuil dans de successives petites boîtes, comme des lucioles dans une tombe de terre. On devrait donc échapper, avec Mon voisin Totoro, à cette obsession mortuaire spécifiquement japonaise (une absence de tabou devant l’exhibition des cadavres, des atteintes corporelles et des fantômes) qui choque parfois les parents occidentaux lorsqu’ils accompagnent leurs enfants voir Le Tombeau des lucioles. On devrait aller vers la joie et donc s’éloigner des morts. Pourtant, rien n’est moins sûr. Datant de 1988, lors des débuts du studio Ghibli, et n’ayant pas tout de suite été un succès, Mon voisin Totoro ne devrait pas pouvoir soutenir la comparaison avec le succès planétaire et l’énormité mythologique et technique du Voyage de Chihiro (un film aux effets fantastiques grandioses dépassant les deux heures de projection), réalisé en 2001 par le même Miyazaki. Pourtant les premières apparences ne doivent pas mener à des conclusions toutes faites, car si Totoro est bien l’un des plus grands dessins animés de l’histoire de cet art étrange et rare du long métrage d’animation – c’est du moins ce que je crois et ce que je vais essayer de démontrer – c’est parce qu’il est un film absolument singulier, toujours surprenant, non conforme, une enthousiasmante et vivifiante histoire de fantômes et de mort, et malgré tout cela une modeste petite musique, à l’image de l’ocarina qu’il donne épisodiquement à entendre, ce discret instrument à vent rondouillard, d’origine préhistorique et que l’on retrouve dans toutes les cultures du monde.
Papa, maman, fantômes de transition
Pour commencer par le plus simple et le plus attendu, je dirai que Totoro est à la fois maternel et paternel. Maternel : quand Mei le découvre (séquence 8), elle accède à lui, au bout d’un labyrinthe, par un trou dilaté tout exprès pour elle lors de son passage (on ne le trouve plus quand on y retourne), puis elle glisse dans un boyau, et la tanière est un immense cocon végétal très doux. Le grand corps de Totoro n’est que ventre : on y rebondit et on s’y accroche pour voler : Mei s’y endort. Lorsque Satsuki la retrouve à même la terre-mère, on peut penser qu’elle a été enfantée par le rêve, qu’elle a vécu une nouvelle naissance en accédant à une nouvelle réalité. Paternel : quand Satsuki fait à son tour la rencontre (séquence 12), c’est sous une pluie battante, or nous l’avons déjà vue partager la communion aquatique avec son père dans le bain traditionnel ; elle tend à son voisin d’arrêt de bus précisément le parapluie qu’elle destinait à son père, et Totoro prend un chat-bus comme son père un autobus normal ; le geste de rapprochement de Satsuki répète en l’inversant le don du parapluie par un garçon de son âge, Kanta, qui marque par là son premier geste d’homme intéressé par l’autre sexe (séquence 11).
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